La question du lien entre eau et sécurité alimentaire s’est imposée à travers les débats internationaux depuis quelques années, et surtout à l’occasion du forum mondial de Marseille. Le doublement prévu des besoins de production alimentaire semble annoncer une compétition exacerbée entre les usages, et la reconnaissance parallèle du droit à l’eau pose la question de la façon dont l’agriculture – premier consommateur d’eau au monde, – va influer dans cette question du partage. Ces questions-là, ne sont pas uniquement des questions qui se posent dans les sphères internationales. L’actualité politique française nous a récemment amené sur ces enjeux à travers le rapport de Philippe Martin sur la gestion quantitative de l’eau en agriculture qui vient d’être rendu public. On voit, à travers ce rapport, émerger des thématiques qui sont chères au Conseil Mondial de l’Eau, comme la notion de territoire : il n’est pas certain que la question de l’eau puisse être traitée globalement, elle est avant tout une question de territorialité. Il s’agit bien de parler de coopération, de dialogue et de partage. Et non pas de compétition, de lutte, voire de guerre de l’eau.

Ce qui a changé ces dernières années dans notre débat vis-à-vis de l’eau agricole, c’est la reconnaissance croissante de la valeur de l’eau. Le dernier débat que nous avons eu sur l’eau et l’économie verte l’a fortement montré : nous ne pouvons plus aujourd’hui voir l’eau comme dans le passé. Nous sommes rentrés dans un monde de ressources rares. Même si la quantité d’eau reste la même, la question du partage, du fait de l’augmentation de la demande, reste un vrai problème. Il ne peut y avoir de sécurité alimentaire sans sécurité de l’eau. L’irrigation agricole consomme aujourd’hui 70% de l’eau dans le monde, ne laissant que 10% aux usages domestiques, le reste étant utilisé pour les activités industrielles. Le doublement annoncé des besoins de production alimentaire au niveau mondial d’ici à 2050, en raison de la démographie et des changements de comportement alimentaire des pays émergents, va accroître la compétition pour l’utilisation de la ressource. Il faut aujourd’hui 13 000 à 15 000 litres pour produire 1 Kg de viande de bœuf. Si nous buvons environ 3 litres d’eau par jour, nous consommons aussi 3 000 litres à travers notre alimentation.

Pour répondre aux demandes mondiales de nourriture, il faut « produire plus avec moins » et améliorer la gestion de l’eau. Cela implique de nouvelles façons de penser et des innovations, dans les domaines technologiques, sociaux, économiques et de gouvernance. Le défi est de taille, et pour le relever nous avons besoin de solides connaissances, mais aussi d’une volonté politique forte. Pour ces raisons, nous avons fait de cette thématique le thème central du débat de notre Assemblée Générale.

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